Mon adoption : vingt six ans déjà
Un rayon de soleil
Nous avions trois
enfants biologiques quand nous avons placé une demande d’adoption à
l’internationale en 1978. Dans ces années-là, le rouage était très lent et
l’organisme Accueillons un enfant en était à ses premiers balbutiements; la
direction était postée à Montréal.
Nos démarches ont pris trois ans avant que je puisse aller en
Haïti pour chercher le garçon de deux ans et demi qu’on nous avait proposé huit
mois plus tôt. Il était en pension chez sœur Véronique à Port-au-Prince. Je suis
restée quinze jours chez Mme Papillon – c’est une Canadienne mariée à un Haïtien
qui recevait dans sa pension de famille ceux qui allaient chercher leur enfant
dans le pays. Mon fils Michaël était originaire du Limbe, au nord du pays. Je
tenais à connaître sa région d’origine pour m’imprégner de ce qu’avait dû être
sa vie avant d’être abandonné dans la cour de l’hôpital pour être recueilli par
les religieuses. C’est une tante qui m’accompagnait car mon mari était resté à
la maison avec les enfants et pour son travail.
Je suis rentrée au pays le 18 avril 1981, le samedi soir
avant Pâques. Ma famille n’avait jamais reçu un si gros chocolat de Pâques. On a
été accueilli par une grande partie de ma famille élargie rassemblée à Montréal
pour l’occasion. Je me souviens de la surprise de mes parents qui n’avaient
jamais été en contact avec un « noir » au Saguenay.
C’est un rayon de soleil qui est entré dans nos vies, car
Michaël a toujours eu un caractère enjoué et très sociable. J’ai malheureusement
dû changer de gardienne car son mari ne voulait rien savoir du petit frère de
Marc quand il a découvert qu’il était noir. Cette dame était bien déçue
d’apprendre ce côté mesquin de son mari.
Aujourd’hui,
Michaël fait son chemin dans la vie. Avec sa conjointe, ils ont une petite
fille « marbrée » de trois ans. Ils viennent d’acheter une maison
derrière chez moi.
Mon mari est décédé avant de connaître cette petite-fille si
mignonne. Nous n’avons jamais regretté notre adoption et je suis bien contente
qu’on ait ouvert la porte à des démarches plus faciles. Maintenant, le Québec se
colore de plus en plus et c’est tant mieux ainsi.
Pierrette Morin, mère de Michaël Guérin et grand-mère de Lorianne
